Dossier n° 22 : « L’enfant au château : mythe et réalité » – Les Amis du Château de Fontainebleau

Dossier n° 22 : « L’enfant au château : mythe et réalité »


Qu’est-ce qu’un enfant ?

Lui donne-t-on la même définition dans l’Antiquité, au Moyen-Age, aux XVIe siècle, XVIIe et XVIIIe siècle en Occident?

Le terme « enfant » vient du latin in-privatif et fari : parler. Autrement dit chez les romains l’infans est celui qui ne parle pas. L’éducation à cette époque est dans une logique de dressage de l’enfant considéré comme un être dénué de réflexion, de logique et d’intelligence. C’est un esprit vide à remplir.

Au Moyen-Age, l’Occident chrétien poursuit la même logique voire pire. L’enfant reste celui dont la parole n’est pas recevable jusqu’à l’âge de 7 ans. La chrétienté renforce l’image d’un petit diable d’instinct mauvais. Au IVe siècle, Saint Augustin crée les « limbes » pour les enfants morts en bas âge et non baptisés, ces enfants innocents, ni élus ni damnés, mais jugés comme « souillés » par le péché originel, sont accueillis dans ce lieu intermédiaire entre l’enfer et le paradis. Le Vatican abolira l’existence de « Limbes infantiles » en avril 2007.

À la Renaissance, dès le XVe siècle l’enfant c’est d’abord la fragilité donc il y a obligation d’avoir des enfants qui sont vus comme le gage de la perpétuation de l’espèce.

Le petit enfant est alors un être ambivalent, à rapprocher du nain, du fou, du muet…

Cependant les enfants de la famille royale ne sont pas des enfants comme les autres, ils sont l’avenir de la dynastie. Le cadre familial domestique est le lieu des apprentissages, des règles que l’enfant doit acquérir. L’enfant de l’aristocratie et de la bourgeoisie est placé auprès d’une nourrice, d’une gouvernante puis d’un précepteur. Des regards positifs apparaissent dès le XVIe siècle avec l’Humanisme et la proximité des images de l’enfant Jésus. L’Humanisme permet de considérer l’enfant non plus comme un fou incompréhensible et incontrôlable mais comme un petit personnage joyeux et curieux, avide de comprendre, d’imiter et de séduire son entourage.

L’enfant devient celui qui rit, et ce « rire de l’enfant », bon et provocant, a fait les délices de Rabelais dans Pantagruel et Gargantua.

Au XVIIe siècle de nombreuses publications paraissent sur l’éducation des enfants, ce qui a pour conséquence une plus large diffusion de la culture, des lettres, et du savoir, mis au service de la formation de « l’homme nouveau ».

Il faudra cependant attendre le XVIIIe siècle et Rousseau pour s’autoriser à penser l’enfant comme un être intrinsèquement innocent, bon et pur qui sera corrompu par ses interactions avec la société.

Le taux de mortalité enfantine est extrêmement fort en Occident comme ailleurs, et ce dans tous les milieux jusqu’à la fin du XVIIe siècle compris. On estime à 40% voire 50% la mortalité des enfants dans leur première année.

Entre 250 et 330 pour 1000 enfants meurent avant un an au XVIIIe siècle, et entre 180 et 250 au XIXe siècle.

Ce phénomène est fréquemment représenté dans les portraits familiaux de l’aristocratie sous les traits d’anges, figurant les enfants défunts, virevoltant au-dessus du portrait familial.

On peut se demander, dès lors, si l’évocation de l’enfance si importante dans le château, n’est pas une forme de remède, de refuge à l’angoisse qui accompagne les souverains, comme tout humain, devant la fragilité de la vie…

« Je veux de l’enfance répandue partout ! »

En réponse au voeu de Louis XIV (note de Louis XIV à son premier architecte Jules-Hardouin Mansart en 1699), les artistes ont en effet représenté l’enfant partout, sur les murs, les plafonds, les pendules, les lits… et ce, même avant le désir exprimé par le roi Soleil.

À Fontainebleau, chaque époque a posé son propre regard sur l’enfance. Les peintres, sculpteurs, graveurs, bronziers… furent les acteurs de son évolution dans l’art, et nous en sommes aujourd’hui les spectateurs.

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mis en ligne le 16 mars 2026