Le prix Drouot 2019 des Amateurs du livre d’art décerné à Ch. Beyeler.

Nous vous avions informés que, lundi 21 février 2019, le prix Drouot des Amateurs du Livre d’Art avait été décerné à Christophe Beyeler et son ouvrage Napoléon, l’art en majesté (Éditions de Monza) 

Nous recevons de M. Guillaume Bricker, membre fondateur et ancien secrétaire de notre association, le texte suivant :

“Prix Drouot 2019

Une récompense bien méritée pour un ouvrage éblouissant :

L’Art en majesté met à l’honneur les richesses du  musée Napoléon Ier

   Le musée Napoléon Ier au château de Fontainebleau, reconfiguré après d’importants travaux muséographique intégrant près d’une centaine d’œuvres  récemment acquises ou offertes (dont certaines avec le concours de la Société des Amis du Château),  a rouvert en 2018. A cette occasion est paru l’ouvrage de référence qui reflète ses foisonnantes collections et ses axes de développement. Que penser de ce Napoléon. L’art en majesté, explicitement sous-titré Les collections du musée Napoléon Ier au château de Fontainebleau, qui vient de recevoir le « Prix Drouot des Amateurs du Livre d’Art » ? Abordons successivement le propos, le style puis la maquette riche en ressorts efficaces.

Un propos ample et clairement énoncé

   Fortement structuré, le propos présente d’abord « Fontainebleau, un palais de la Couronne rappelé à la vie par Napoléon », puis déploie les facettes du pouvoir de l’Empereur : « Napoléon Ier, empereur des Français, chef d’Etat et chef de guerre », « Napoléon, épicentre de son système », « Napoléon, roi d’Italie et maître de la péninsule», et « Jérôme Napoléon, roi satellite de Westphalie». Suit la floraison des arts permise par le retour de la confiance et la victoire, gage de prospérité : « Le faste de la table impériale : l’éclat du vermeil et de la porcelaine » et « Formes et langages au service de l’Empereur », où est notamment analysée « La référence antique mobilisée au service d’un présent conquérant ». Enfin, apparaissent dans l’ordre chronologique « Marie-Louise : éblouir l’Europe au bras de la fille des Césars d’Autriche », « Le roi de Rome né dans la pourpre », la « Galerie de portraits de la Famille impériale», et la dernière partie « Chute, adieux, exils».

  Le souci de filer la métaphore parcourt l’ouvrage. Ainsi, le « système » de Napoléon, selon sa propre expression, est expliqué par les « rouages humains de la machinerie impériale » et le « ressort moral » qu’est la Légion d’honneur à la devise « Honneur et patrie ». On reste confondu devant le nombre et la qualité des œuvres mobilisées à l’appui du propos, qu’elles soient restées continument dans le giron de l’Etat (tel  le somptueux Grand Vermeil, orfèvrerie d’apparat de l’Etat), entrées par dation (dont maints portraits de la galerie de la Famille impériale unique au monde) ou bien acquises au fil des décennies, avec une nette accélération ces dernières années.

Une maquette séduisante, aux effets réussis

  L’ouvrage joue sur plusieurs ressorts. La première de couverture offre le Portrait de Napoléon Ier en costume de sacre, peint par François Gérard, où l’empereur tient son sceptre de la main droite et porte au côté gauche « l’épée du Sacre », tandis que la quatrième de couverture présente en gros plan le fauteuil exécuté par l’ébéniste Jacob-Desmalter sur le dessin des architectes Percier et  Fontaine et installé en 1808 dans la salle du Trône du palais impérial de Fontainebleau, la seule existante au monde encore. Ce rapprochement des couvertures exprime la double dimension et le double rôle que joue pour le premier Empire Fontainebleau, qui à la fois abrite le musée Napoléon Ier, institution de référence mondiale, et qui offre un parcours palatial unique.

  Puis le livre s’ouvre par une photographie en gros plan de trois quarts de la garde et de la coquille de l’épée « du Sacre », à laquelle les meilleurs artisans ont concouru : la Manufacture d’armes de Versailles dirigée par Boutet, l’orfèvre Odiot et le joaillier Nitot qui y monta sur griffes le diamant le Régent. Cette épée fut offerte en 1801 par le gouvernement au Premier Consul, qui devenu empereur la porta au côté dans le chœur de Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804. Elle résume à elle seule la carrière de Napoléon, qui doit son sceptre à son épée. Le livre se conclut par cette même épée roide, à la lame triangulaire, l’acier doré et bleui contrastant avec le jaspe sanguin de la poignée.

   On apprécie que des détails signifiants aient été sélectionnés avec finesse pour chaque partie. Voici quelques exemples. Le sommaire est orné d’une « figure écrivant l’Histoire » qui somme le couvercle  du pot à oille orfévré du Grand Vermeil. La préface du président Jean-François Hebert et de Vincent Droguet, qui donne la clé de l’ambition du projet, est illustrée du verrou, orné de couronnes et de foudres, mis sous l’Empire sur la porte à double battant de communication entre la chambre et le grand salon de l’Impératrice dans les grands appartements à  Fontainebleau. Le chapitre « Générosités passées, présentes et futures » s’ouvre par le buste de Napoléon lauré par Chaudet, un don du grand historien et collectionneur Paul Marmottan convoqué comme égide. Enfin, la bibliographie appelait le choix du Génie de l’Histoire, peint sur porcelaine sur une superbe assiette du service « fond nankin à figures » qui fut employé à Fontainebleau en novembre 1804 pour la réception du pape Pie VII  sur le chemin du sacre à Notre-Dame de Paris.

Très largement inédites, voici enfin révélées les richesses de ce musée Napoléon Ier. Le défi que semble s’être lancé l’auteur est tenu : donner à ces œuvres d’art polysémiques une clef de compréhension historique et décoder leur message politique, sous une forme descriptive et d’un ton alerte. A la lecture de cet ouvrage novateur, on attend impatiemment le futur redéploiement, annoncé selon l’axe « la France et l’Europe sous l’œil et dans la main de Napoléon ».

Guillaume Bricker

Christophe Beyeler, photographies par Marc Walter : Napoléon. L’art en majesté.  Les collections du musée Napoléon Ier au château de Fontainebleau. Château de  Fontainebleau et éditions de Monza, 2017, 216 p.”