Le jardin sur l’eau.

A Fontainebleau, l’Etang des carpes fut d’abord un vivier pour les religieux Trinitaires qui en étaient les gestionnaires avant que le roi François Ier ne réduise leurs possessions, puis un lieu de plaisir pour les monarques dès que la Porte Dorée et la Cour de la fontaine ne deviennent les axes centraux du château.

Le roi Henri IV, au début de son règne, du temps de ses amours avec Gabrielle d’Estrée habitait alors dans le Pavillon des Poêles dont les fenêtres donnaient sur l’étang. Sensible aux paysages d’eau et de terre, souvenirs de son enfance en Béarn et en Saintonge, « il se fit à lui-même le cadeau de ce parterre en l’ile, de ce jardin flottant sur l’eau, espace retranché du monde, propice à la promenade solitaire et à la rêverie. « (Yvonne Jestaz).

Dès le fin d’avril 1594, le marché fut passé pour faire un jardin dans l’étang, sorte de plate-forme de plan carré, d’une taille égale à la Cour de la fontaine et reliée à elle par une étroite porte de bois. Le roi fit appel au jeune Claude Mollet pour orner cette masse de pierre recouverte de terre végétale. Il y fit planter « les plus belles et rares fleurs » et des ifs  taillés,  délimités par des bordures de buis introduites depuis peu dans les jardins de St Germain en Laye malgré le discrédit attaché à leur odeur si particulière.

Quatre statues d’antiques rythmaient le centre des carrés et au milieu le roi fit élever un grand Hercule en marbre blanc de 2m30, œuvre de jeunesse de Michel Ange vendue à François Ier en 1529 par l’intermédiaire de Felippo  Strozzi et précédemment placée dans la Cour de  la Fontaine.

Ce jardin et ses fragiles plantations, sans doute embellies à l’exemple des broderies du Grand parterre dessinées par André Le Nôtre traversa tout le XVIIème siècle, bien visibles par exemple sur les gravures de Gabriel Perelle. Mais à la fin du règne de Louis XIV, quand la Cour de la fontaine débordait de courtisans lors des grands rassemblements, en particulier le toucher des écrouelles qui avaient lieu le long de l’Allée royale (à droite de l’étang), l’idée vint de détruire ce jardin pour agrandir la cour, ce qui fut fait en1713. Le socle de la statue avec le chiffre d’Henri IV et la statue elle-même disparurent, très étrangement, et seules demeurent les fondations de cette ile-jardin si poétique, visibles lors des curages de l’étang.

Hélène Verlet                                                            

Gabriel Perelle: Vue de la Cour des fontaines à gauche de l’étang. Crédit photo Gérard Plot
Gabriel Pérelle: Vue d’ensemble depuis le Sud-Ouest (détail). Collection particulière.